Le Togo et Rosatom, le groupe public russe spécialisé dans le nucléaire, ont signé le 28 octobre 2026 à Moscou un mémorandum d'entente sur l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire, selon Togo First. Le texte prévoit d'évaluer des projets de production d'électricité et des applications non énergétiques de la technologie nucléaire. Mais à ce stade, aucun contrat de construction de centrale ni calendrier de mise en service n'a été annoncé. L'écart entre la portée affichée de l'accord et son contenu contraignant définit tout ce qu'il faut retenir de la journée.
Un document d'intention, pas un chantier
Un mémorandum d'entente engage les parties à étudier une coopération, non à la réaliser. Celui-ci porte sur une évaluation de projets électriques et d'usages non énergétiques du nucléaire, une formulation qui laisse ouvert aussi bien le dimensionnement que la technologie et le financement. Rien dans ce qui a été rendu public ne fixe de puissance, de site ou d'échéance. Si le mémorandum devait rester à ce niveau, il relèverait d'une déclaration d'intention plutôt que d'un programme énergétique.
Le texte a été conclu en marge du troisième Sommet Russie-Afrique, selon Togo First. Le cadre de signature compte autant que le contenu: il place l'accord dans une séquence diplomatique, et non dans un processus d'appel d'offres ou de décision finale d'investissement.
Trois signatures le même jour, une même mécanique
Le même 28 octobre 2026, à Moscou toujours, le Mali a signé deux accords avec ZarubezhGeologia, selon Mali Actu. Ces accords visent à cartographier le sous-sol malien et à centraliser les données géologiques. La cartographie du sous-sol précède l'exploration et l'exploitation: elle construit l'inventaire des ressources sur lequel des décisions d'investissement ultérieures pourraient s'appuyer, sans valoir elle-même engagement d'extraction.
En parallèle, le Ghana est en discussion avec Rosatom pour la construction d'une centrale nucléaire, selon Anadolu. Là encore, le stade est celui de la discussion, pas du contrat signé.
Trois dossiers distincts, portés par des entités publiques russes, partagent la même caractéristique: ils ouvrent un accès au sous-sol ou au nucléaire civil africain par des actes préliminaires. Aucun des trois ne comporte, dans ce qui est documenté, d'obligation de construire. Le mémorandum togolais est explicite sur ce point, la démarche malienne porte sur de la donnée géologique, et le volet ghanéen en reste à la négociation.
Ce qui distinguerait une empreinte réelle d'une présence annoncée
Pour un État qui signe un mémorandum nucléaire, le prochain point de décision observable serait la bascule vers un contrat assorti d'un site, d'une puissance et d'un calendrier de mise en service, trois éléments absents du texte togolais. Tant que cette bascule n'intervient pas, l'accord n'engage pas de dépense de construction.
Pour le Mali, le signal suivant serait l'exploitation des données cartographiées: la centralisation de l'information géologique a de la valeur si elle débouche sur des permis ou des investissements, et reste un simple inventaire sinon. Pour le Ghana, le passage de la discussion à un accord formel marquerait l'étape équivalente.
L'exposition des trois pays diffère par nature. Le Togo et le Ghana engagent une filière électrique lourde dont le mémorandum et la discussion ne fixent encore ni le coût ni l'échéance. Le Mali, lui, ouvre l'accès à la connaissance de son sous-sol à un partenaire extérieur, ce qui touche à la maîtrise de ses données de ressources avant même toute exploitation.
Le dénominateur commun de ces trois accords tient dans un décalage: la portée politique de signatures groupées à Moscou dépasse, pour l'instant, leur contenu contraignant. Ce décalage ne se résorbera que si l'un des dossiers franchit l'étape du contrat ferme, du financement et du calendrier.
Sources
- Énergie : Rosatom et Lomé explorent une coopération dans le nucléaire civil (nouvel onglet) - Togo First
- Mali : deux accords avec la Russie pour cartographier et mieux connaître le sous-sol (nouvel onglet) - Mali Actu
- Nucléaire civil : le Ghana en discussion avec le groupe russe Rosatom pour la construction d'une centrale nucléaire (nouvel onglet) - Anadolu (francais, Afrique)
