Les cours du gaz sur le marché européen ont été multipliés par plus de trois depuis le début de l'année, selon Transitions & Énergies. Cette envolée alimente des craintes politiques en Lituanie, ravive l'intérêt pour des partenariats gaziers avec des entreprises russes en Algérie, et coïncide avec des signaux d'ouverture aux États-Unis sur le diesel russe, tandis qu'une raffinerie majeure en Russie vient d'être frappée par une attaque de drones.
Un triplement des prix qui change le calcul politique
La multiplication par plus de trois des cours du gaz européen depuis le début de l'année constitue le socle de plusieurs décisions et tensions en cascade. Ce choc de prix, d'une ampleur qui rend les alternatives au gaz russe sensiblement plus coûteuses, modifie les arbitrages pour les pays importateurs qui avaient choisi de s'en détourner.
La Lituanie illustre cette pression de manière directe: selon Euractiv France, le pays craint des appels au retour au gaz russe face au choc des prix. Si cette crainte reste pour l'instant politique, elle signale que le consensus sur la diversification des approvisionnements pourrait se fissurer là où la facture pèse le plus lourd sur les ménages et les entreprises.
L'Algérie envisage d'associer des entreprises russes au gazoduc transsaharien
Dans un registre très différent, L'Économiste Maghrébin rapporte que l'Algérie envisage d'associer des entreprises russes à la construction du gazoduc transsaharien, un projet destiné à relier les ressources gazières du Nigeria aux marchés européens via le Niger et l'Algérie.
Ce projet, s'il se concrétisait avec une participation russe, placerait des acteurs de Russie au cœur d'une infrastructure d'exportation qui vise précisément les marchés où l'on cherche à réduire la dépendance au gaz russe. La contradiction est mécanique: un gazoduc conçu pour diversifier l'approvisionnement européen pourrait, avec une participation d'entreprises russes, prolonger l'influence de ces mêmes entreprises sur les flux gaziers vers ce marché.
Pour l'Algérie, le Nigeria et le Niger, la question est celle du financement et de l'expertise technique. Le triplement des cours du gaz européen rendrait le projet plus attractif sur le plan des recettes attendues, ce qui expliquerait l'intérêt de nouveaux partenaires industriels.
Diesel russe: un signal d'assouplissement aux États-Unis
Donald Trump a annoncé le 9 octobre que les États-Unis achèteraient du diesel russe, selon Qz. Si cette annonce se traduit par des flux effectifs, elle représenterait un changement de cap notable pour un pays qui avait restreint ses achats d'hydrocarbures russes.
Rapproché du triplement des cours du gaz européen, cet assouplissement suggère que la pression sur les prix de l'énergie pèse désormais suffisamment pour modifier les positions de plusieurs importateurs à la fois, que ce soit en Lituanie sur le gaz ou aux États-Unis sur les produits pétroliers.
Kstovo: l'outil de production russe sous pression
Le site pétrolier de Kstovo, en Russie, a été visé par une attaque ukrainienne dans la nuit de samedi à dimanche, selon Le Monde. Le gouverneur de la région de Nijni Novgorod, Gleb Nikitine, a rapporté « une attaque massive de drones » au cours de laquelle « une entreprise industrielle dans le district de Kstovo a subi d'importants dégâts ».
Cette frappe sur l'une des infrastructures de raffinage russes ajoute un facteur de tension sur l'offre de produits pétroliers. Si les dégâts réduisent durablement la capacité de raffinage du site, les volumes de diesel disponibles à l'exportation depuis la Russie pourraient s'en trouver diminués, ce qui rendrait d'autant plus significative l'annonce d'achats de diesel russe par les États-Unis.
Trois signaux, un même mécanisme
Le triplement des cours du gaz européen fonctionne comme un révélateur. En Lituanie, il fait ressurgir le débat sur le gaz russe. En Algérie, il rend plus plausible l'entrée d'entreprises russes dans un projet gazier d'envergure. Aux États-Unis, il coexiste avec un assouplissement sur le diesel russe. Et en Russie même, l'attaque sur Kstovo rappelle que l'offre n'est pas garantie.
Pour les pays d'Algérie, du Nigeria et du Niger impliqués dans le gazoduc transsaharien, la question est de savoir si l'association avec des partenaires russes accélérerait un projet attendu depuis des décennies ou compliquerait ses débouchés commerciaux auprès d'acheteurs qui cherchent à limiter leur exposition à la Russie. Le choc des prix européens pourrait rendre cette question secondaire face à l'urgence de monétiser des ressources gazières, mais aucune claim ne permet de trancher ce calcul.
Sources
- Les prix de l’énergie se sont envolés de 24,1% sur un an en octobre en France (nouvel onglet) - Transitions & Energies
- INTERVIEW : La Lituanie craint des appels au retour au gaz russe face au choc des prix (nouvel onglet) - Euractiv France
- Moscou s’invite dans le Gazoduc transsaharien via l’Algérie (nouvel onglet) - L'Economiste Maghrebin (energie)
- L'administration Trump allège les sanctions contre la Russie, cherche des accords énergétiques. (nouvel onglet) - Event Registry
- EN DIRECT, guerre en Ukraine : attaque d'une raffinerie russe, fin de la trêve à Olechky... les dernières informations sur le conflit (nouvel onglet) - Event Registry
- EN DIRECT, guerre en Ukraine : le site pétrolier de Kstovo, l'une des plus grandes raffineries de Russie, visé par une attaque (nouvel onglet) - Event Registry
